40 ans de fusion des communes

Borinage: une fusion de communes pour capter des fonds?

Fusionner cinq communes du Borinage pour former la quatrième ville de Wallonie ? « Il en va de la survie du Borinage », clame le bourgmestre de Boussu. Mais ses homologues tempèrent: on n'est pas contre le débat, mais ne brusquons pas les choses.

Prenez la Nationale 51 au départ de Mons et allez vers Valenciennes. Pendant une dizaine de kilomètres à partir de Jemappes, vous roulez dans un secteur ultra urbanisé, les habitations laissant parfois la place à l'une ou l'autre zone commerciale. Et sans vous en rendre compte, vous avez traversé 3 communes, à savoir Quaregnon, Saint-Ghislain et Boussu. Faites le même exercice avec l'Axiale Boraine et vous ajoutez Colfontaine et Frameries dans cet ensemble urbain homogène.

A l'ouest de Mons, le Borinage se caractérise par une forte densité de population et un émiettement communal. Quand les communes ont fusionné en 1977, il n'a pas fallu trop pousser pour atteindre des seuils de population tournant aux alentours des 20 000 habitants. Dès lors peut se poser la question : pourquoi ne pas aller plus loin et ne former qu'une seule commune à partir des 5 précitées? 

Cette réflexion, elle anime Jean-Claude Debiève, bourgmestre de Boussu, 19 900 habitants. « Une nouvelle fusion ? Je le préconise », explique-t-il. Pourquoi ? Pour attirer du financement. Par exemple, « les subsides européens, ce sont d'abord pour les grandes villes », estime-t-il. Alors que si on prend les 5 communes couvertes par la zone de police Boraine (soit Boussu, Saint-Ghislain, Colfontaine, Quaregnon et Frameries), on dépasse les 103 000 habitants.

De quoi constituer la quatrième ville la plus importante de Wallonie, au niveau de la population, en passant devant Mons sur un territoire un peu plus réduit. « Quand je vois ce que Mons reçoit actuellement (en fonds Feder, politique des grandes villes...), si on partageait ça sur nos 5 communes actuelles, on pourrait faire de belles choses », pense le bourgmestre de Boussu.

Cette idée, en débat-il avec ses homologues bourgmestres borains? « Parfois, et c'est souvent moi qui initie la conversation », nous dit Jean-Claude Debiève, qui reçoit souvent cette réponse : « on n'est pas encore prêts ».

"Ce serait prématuré"

Ce que confirme Jean-Pierre Depine, bourgmestre de Quaregnon. Il se souvient de la fusion de 1977, quand l'ogre quaregnonais de 16000 habitants a absorbé le village de Wasmuël, 4000 habitants. « 40 ans après, la fusion est une réussite, même si pour les personnes âgées elle n'est pas encore admise. Alors imposer un nouveau regroupement de communes aujourd'hui serait un peu prématuré ».

D'autant que le bourgmestre craint que chacun ne soit tenté de tirer la couverture à soi au sein d'un nouvel ensemble. La collaboration entre communes boraines existe déjà, note Jean-Pierre Depine : « On travaille déjà comme ça au sein de la zone de police ». Renforcement des collaborations, pourquoi pas, mais fusion, non : « je ne me projette pas, je laisse ça à mes successeurs, je suis bien comme je suis ».

Prendre le temps de l'analyse

Même son de cloche du côté de Frameries et de son bourgmestre en titre Jean-Marc Dupont. « C'est une question complexe pour laquelle il faut prendre le temps de l'analyse et de la réflexion, avertit-il. Avant d'enchaîner : « il existe déjà toute une série de structures au sein desquelles nous collaborons : la zone de police, la zone de secours, l'intercommunale IDEA...Si je suis pour un renforcement pour aller plus loin dans la collaboration et la mise en commun de nos ressources, je ne suis pas demandeur d'une fusion à ce stade, sans analyse des avantages et des inconvénients ».

Le bourgmestre empêché de Frameries pointe aussi le rôle de la population. « Il a fallu du temps pour que les habitants des 5 anciennes communes s'approprient pleinement leur nouvelle entité ». Pas question de les brusquer 40 ans après, d'autant que les choses ont évolué. « La dynamique citoyenne est différente aujourd'hui, elle prend plus d'espace et j'imagine mal que l'on se lance dans un processus comme celui d'une fusion sans consultation populaire ».

Une commune boraine de 103 000 habitants répartis sur 140 km² à côté de Mons, ce n'est pas encore pour demain. Même si personne ne s'oppose au débat, les réserves sont nombreuses. Et puis qui dit fusion dit moins de mandats : «  le problème est toujours le même : savoir qui sera bourgmestre. On préfère souvent être le premier dans son village que le deuxième à Rome », lâche le bourgmestre de Boussu. Qui attend l'émergence d'un leader politique naturel, « et tout coulerait de source ».

Plus de visibilité mais moins de proximité

L'avantage principal de former une commune de plus de 100 000 habitants, comme l'indique justement Jean-Claude Debiève, est d'attirer plus l'attention qu'une entité 5 fois plus petite. Cela donne du poids politique: un député issu de "Borinage-ville" aura sans doute plus d'écoute que n'importe quel élu d'une des communes actuelles. 

Une grande ville compte également sur une administration plus forte et qui peut se permettre de se doter d'une ingénierie capable de capter des fonds européens, qui sont un casse-tête administratif. Mais une fusion est-elle nécessaire pour avoir ces compétences à disposition? « La Province joue un rôle dans ce sens-là, estime Jean-Marc Dupont. Le principe de supracommunalité qu'elle met en place, c'est justement pour que les communes puissent échanger des services et des pratiques ». 

Au rayon inconvénients, pointons la perte de proximité avec l'administration communale, conjuguée au fait que la population boraine est particulièrement défavorisée, avec un taux de chômage qui dépasse les 20% pour quatre des cinq communes citées. Eloigner les services ne va-t-il pas exclure un peu plus les plus précarisés?