Place du 14-Juin

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Place du 14-Juin
Image illustrative de l’article Place du 14-Juin
L'église Saint-Laurent, sur la future place du 14-Juin.
Situation
Coordonnées 46° 31′ 20″ nord, 6° 37′ 50″ est
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Canton Drapeau du canton de Vaud Vaud
Ville Lausanne
Quartier(s) Centre
Morphologie
Type Place carrefour
Histoire
Création
Monuments Église Saint-Laurent

Place du 14-Juin (anciennement place Saint-Laurent) est le nom que prendra d'ici à la fin de l'année 2020 une place de Lausanne, en Suisse. Les Lausannois l'appellent depuis des siècles place Saint-Laurent, du nom d’une ancienne église médiévale voisine, dont la rue Saint-Laurent, qui longe la place, et l'église réformée Saint-Laurent rappellent l'existence passée. Ce nouveau toponyme est un double hommage : hommage à la grève féministe nationale ayant eu lieu en Suisse le 14 juin 2019 et hommage à l’inscription de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la Constitution suisse, le [1],[2],[3].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le quartier Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

L’origine du quartier de Saint-Laurent se perd dans les brumes du premier millénaire, mais on sait que le Chapitre de la Cathédrale de Lausanne possédait de nombreuses terres dans ce secteur. Situé sur une hauteur dominant la Louve, ce quartier est sans doute né d’une urbanisation spontanée comme faubourg sur la route de France au sortir du quartier dit de Bourg et de la place du pont de Saint-Jean. On y trouvait déjà au Xe siècle une église dont le saint protecteur, Laurent de Rome, a donné son nom à tout le secteur. En 1211, ce quartier est encore qualifié de suburbium et se trouve donc hors de la première enceinte de la Ville inférieure. Mais il est attesté comme burgum (au sens de bourg fermé de murailles) à partir de 1264. Il devient alors la « Bannière de Saint-Laurent », l’une des quatre « bannières » de la Ville inférieure[4], qui était, avec celle de Bourg, la plus peuplée de Lausanne. Mais sa population semble avoir diminué régulièrement du XIVe siècle au XVIIe siècle[5].

Les maisons de Saint-Laurent s’alignaient de part et d’autre de la rue sortant des quartiers du Pont et de Saint-Jean. Sur la hauteur, au débouché d’un raccourci venant de la Palud, se dressait l’église autour de laquelle allait se développer la place Saint-Laurent. Des ramifications sont venues s’y greffer. Un chemin, conduisant aux vignes et aux moulins de la vallée du Flon, est devenu par la suite la rue Mauborget. Un autre marquait la bifurcation des routes de France et d’Echallens, où se sont développées l’« Ale de Saint-Laurent » (devenue « rue de l’Ale »), et la rue Chaucrau. Tous ces éléments étaient en place au XIIIe siècle[5].

La place Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

La place Saint-Laurent était dite en 1327 ante Sanctum Laurencium usque extra portam, c’est-à-dire « devant [l’église] Saint-Laurent jusque hors de la porte », ce qui signifie qu’elle intégrait aussi la rue de Saint-Laurent[6]. L’église a été démolie en 1554, mais on laisse subsister la tour du clocher et quelques ruines encore visibles sur le plan Buttet en 1638[7]. L’église est reconstruite au même emplacement en 1716-1719 pour servir de temple protestant, et la place, qui s’étend avant 1721 sur l’ancien cimetière désaffecté, finit par entourer ce lieu de culte[8]. En 1731, elle est réservée au « marché de la futaille », c’est-à-dire des ouvrages de tonnellerie. Son niveau a été modifié à diverses reprises à l’occasion de travaux d’urbanisme, notamment en 1782 avec l’adoucissement de la pente de la montée de Saint-Laurent, puis encore en 1861 lors du percement de la rue Haldimand. La « place Saint-Laurent », telle qu'attestée sur le plan cadastral de 1886[9], s’étend alors, comme au Moyen Âge, du temple jusqu'à à la rue de l’Ale, englobant donc la rue Saint-Laurent. Actuellement, cette dernière appellation recouvre aussi la montée de Saint-Laurent depuis la Palud[10].

XVIIe et XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

La fontaine installée vers l'église en 1777 se trouve depuis 1895 sur la place Grand-Saint-Jean.

La situation géographique privilégiée de la place Saint-Laurent en fait un lieu de passage de plus en plus important, surtout lors du développement des échanges commerciaux entre Lausanne et l'étranger aux XVIIe et XVIIIe siècles; un logis, Les Trois Oranges, y est ouvert dans la seconde moitié du XVIIe siècle av. J.-C..

Une fontaine, attestée en 1434 près de l’église, est réparée à maintes reprises. Elle est remplacée par une nouvelle en 1660, puis encore par une nouvelle en 1777, cette fois selon un projet de l’architecte Rodolphe de Crousaz. La pile centrale, en forme de colonne cannelée, devait à l’origine recevoir un vase mais porte aujourd’hui un chapiteau ionique moderne. Cette fontaine est transportée peu avant 1895 sur la place Grand-Saint-Jean[11].

XIXe et XXe siècle[modifier | modifier le code]

Après la Révolution vaudoise, des commerces et des cafés apparaissent sur la place. À la demande, en 1830, de commerçants ayant l'entrée de leur boutique au-dessous du niveau de la route, un abaissement de la place est effectué vers la fin de la première moitié du XIXe siècle, ainsi qu'une amélioration de l'écoulement des eaux[12].

L'ouverture du Grand-Pont en 1844 dévie une partie du trafic passant par la place Saint-Laurent et le percement en 1861 de la rue William-Haldimand permet un accès direct à la récente place de la Riponne. Le niveau de la place est à nouveau abaissé devant l'église vers 1862-1863, ce qui implique la construction d'un nouveau perron. Une station de fiacres y est installée en 1885. Au début du XXe siècle, plusieurs bâtiments qui bordent la place sont reconstruits, modernisant ainsi la place, et la rue Pichard est percée entre la place Saint-Laurent et le début du Grand-Pont. Depuis lors, les jours de marché, la place accueille des étals de maraîchers et de laitiers[12],[13].

La structure géologique complexe du terrain sous la place Saint-Laurent a créé de mauvaises surprises en raison d’un ancien cordon morainique datant de la dernière glaciation qui borde la partie aval de la rue Saint-Laurent. En 1958 déjà, lors de la construction du grand magasin Le Centre, un sérieux affaissement s’est produit[14]. Un accident plus grave encore, mettant en péril la stabilité des édifices environnants, est survenu le 22 février 2005 lors du percement du tunnel du tunnel du M2. Cet incident a créé un profond trou béant, d’une dizaine de mètres de diamètre[15] , [16]-

A l’occasion de la fermeture de la rue Haldimand pour un an, en 1991, pour remplacer des conduites souterraines, la ville décide de rendre la rue uniquement piétonne à la fin des travaux[17],[18].

XXIe siècle : Un hommage à l’égalité des sexes[modifier | modifier le code]

Le , des centaines de milliers de personnes, pour la plupart des femmes, participent à la grève et aux nombreuses manifestations organisées dans le pays pour lutter contre les inégalités homme-femme. Parmi elles, 40 000 défilent à Lausanne. La date du 14 juin n'est pas choisie par hasard : il s'agit du jour où, en 1981, l’égalité entre les femmes et les hommes a été inscrite dans la Constitution suisse ; une première grève avait eu lieu à la même date en 1991. En , la ville de Lausanne annonce une série de mesures et de projets liés à l’égalité des sexes. Parmi ces mesures, elle décide de renommer la place située devant le parvis de l'Église Saint-Laurent en l'appelant place du 14-Juin[1],[2]. Cette décision ne va pas sans quelques réactions, parfois positives[19], parfois critiques[20]. Initialement prévue pour le , l'inauguration est repoussée en raison des mesures sanitaires mises en place pour lutter contre la propagation de la Covid-19.

Situation, accès et description[modifier | modifier le code]

La place du 14-Juin se trouve dans le quartier du centre, dans la zone piétonne, devant le parvis de l'église réformée Saint-Laurent. Le nord de la place est longé par la rue William-Haldimand (qui mène à l'est à la place Bel-Air et à l'ouest à la place de la Riponne), ainsi que par la rue Saint-Laurent qui vient du nord-ouest et qui croise la rue Haldimand pour descendre au sud-est en direction de la place de la Palud. Le bord ouest de la place est longé par la rue Pichard.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Grandjean, Les monuments d’art et d’histoire du canton de Vaud I. La ville de Lausanne: introduction, extension urbaine, ponts, fontaines, édifices religieux (sans la cathédrale), hospitaliers, édifices publics, vol. I, Bâle, Éditions Birkhäuser, coll. « Les monuments d'art et d'histoire de la Suisse, 51 », , 452 p.
  • Marcel Grandjean, Les monuments d’art et d’histoire du canton de Vaud III. La ville de Lausanne: Édifices publics (II). Quartiers et édifices privés de la ville ancienne, vol. III, Bâle, Éditions Birkhäuser, coll. « Les monuments d'art et d'histoire de la Suisse, 69 », , 415 p. (ISBN 3-7643-1141-X)
  • Louis Polla, Places de Lausanne, Lausanne, Éditions 24 heures, coll. « Arts et paysages suisses », , 190 p. (ISBN 2-8265-1043-6).

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. a et b Cindy Mendicino, « A Lausanne, la lutte féministe se fait une place », 24 Heures,‎ (lire en ligne, consulté le 24 avril 2020)
  2. a et b « Des centaines de milliers de femmes ont pris part à la grève nationale », rts,‎ (lire en ligne, consulté le 24 avril 2020)
  3. « Actualités municipales », sur lausanne.ch, (consulté le 6 juin 2020).
  4. Grandjean 1965, p. 99-100, 262-263
  5. a et b Grandjean 1979, p. 367-368.
  6. Grandjean 1979, p. 369, n. 9.
  7. Grandjean 1965, p. 261, fig. 208.
  8. Grandjean 1965, p. 295.
  9. Archives cantonales vaudoises, Gb 132/1-l, plan cadastral 1886, cité par Grandjean 1979, p. 367-370.
  10. Grandjean 1979, p. 367-370.
  11. Grandjean 1965, p. 144-146.
  12. a et b Polla 1987, p. 83
  13. Martine Jaquet, Riponne\Tunnel : Lausanne entre deux places, Lausanne, Favre, , 143 p. (ISBN 978-2-8289-1812-5), p. 14.
  14. Journal Coopération, 28 mars 1958, p.13, cité sur le site web du Musée cantonal de géologie [1]
  15. Reportage de la Radio Télévision Suisse[2]
  16. Le Temps, 26 février 2005, nouvel effondrement partiel [3]
  17. « Vaud - Circulation », Journal de Genève,‎ , p. 48 (lire en ligne, consulté le 25 avril 2020)
  18. « La rue Haldimand sera définitivement piétonne », Journal de Genève,‎ , p. 21 (lire en ligne, consulté le 25 avril 2020)
  19. 24 Heures, 16 mars 2020, p. 21, Courrier des lecteurs, Simon Affolter, secrétaire municipal de Lausanne, explique que cette place n’a jamais eu de nom officiel ; 24 Heures, 9 avril 2020, p. 12, Courrier des lecteurs, Josette Quartenoud.
  20. 24 Heures, 12 mars 2020, p. 10, Courrier des lecteurs, Olivier Heer, Julien-François Zbinden ; 24 Heures, 18 mars 2020, p. 8, Courrier des lecteurs, Pierre Keller à Berne, Philippe Junod, Elisabeth Santschi, avocate.