Shangols
21 janvier 2022

Sounder (1972) de Martin Ritt

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Il est décidément fort ce Martin Ritt, puisque sur une histoire qui pouvait tomber aisément dans les effets faciles, dans le mélodrame bêta, dans la compassion à outrance, il signe un film digne, à hauteur d'homme et simplement émouvant. Vous allez une nouvelle fois insister pour avoir la trame alors que vous savez très bien que ce n'est pas ce qui m'importe. So, let's go. Nous sommes en Louisiane, dans une famille black, trois gamins, un chien, un petit lopin. Le père de famille tire le diable par la queue pour faire vivre les siens, chassant le raton laveur ou l'opossum jusqu'au bout de la nuit... Il décide, une nuit justement, de voler deux trois saucisses chez le blanc du coin et se fait bêtement prendre dans la foulée : un an de travaux forcés - oh hisse la saucisse comme on dit chez nous... Sa femme, son fils ainé, vont tout faire pour survivre et pour tenter de lui rendre visite dans son exil... Pas facile, mais la pugnacité est une foi. Voilà, sur cette trame, Spielberg en aurait tirer un monument mélodramatique avec trois mille figurants et une lumière orange. Ritt, lui, fait dans la sobriété, ne cherchant pas à accuser les uns (de droite ?), ne voulant point essayer de faire pleurer les autres (de gauche ?), cherchant simplement à planter son récit et de mettre en scène une femme courage et un gamin au taquet... On aura droit à nos moments terribles (tirer sur un chien, ça me fout au minimum deux heures à l'agonie ; quant à faire revenir un mari quand on ne s'y attendait plus, ce n'est jamais évident à gérer - d'autant que Martin Guerre nous foutra désormais toujours le doute...) : il réaliste juste, en tout bien tout honneur un film tout en sincérité, en honnêteté, en humanité.

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On sent que Ritt n'a pas à forcer son talent, dirigeant ses acteurs avec une belle maîtrise, filmant ses décors avec un certain sens du naturalisme sans tomber dans l'image d’Épinal, filmant ses méchants sans insister sur leur bêtise, filmant ses bons sans appuyer sur leur ouverture d'esprit. Si 1972 est une année bénite en soi (humainement, of course - je parle pour moi, sans doute) mais ouvre une période cinématographiquement un peu terne (je sens que cela mériterait plus d'une ligne), il est rassurant de voir que certains auteurs avaient alors un certain sens de l'équilibre pour livrer des films qui cinquante ans se regardent avec respect, avec joie, avec émotion, sans condescendance. On se lance dans la chose sans trop y croire, en se disant que l'image, l'histoire ou encore ces vieilles querelles entre noirs et blancs auront pris un sacré coup dans la gueule et on se retrouve tout chafouin (pas d'ordre de préférence, hein) devant un chien que l'on aimerait adopter, devant un gamin pétri de bonne volonté, devant une femme pleine d'amour pour son homme. On se dit qu'on ne s'est guère trompé en décelant récemment chez le Martin un vrai sens de la narration cinématographique et une véritable capacité à donner à ses personnages une belle profondeur humaine. Touché, nom d'un chien.

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LIVRE : Porca Miseria de Tonino Benacquista - 2022

41BSWHkboQLTonino Benacquista se prête à son tour au petit jeu autobiographique "du fils d'immigré qui a fait son petit trou en France", modestement, jusqu'à écrire ce livre, après tout de même bien d'autres (et notamment des polars qu'on affectionne, disons le gaiement). C'est donc parti pour les incontournables : un père (alcoolo mais cool), une mère (perdue dans ses rêves mais cool), des frères et sœurs à foison (brillants, mélancoliques, solitaires...), un oncle d'Amérique et puis forcément les années primaire, collège, lycée et bien sûr... la découverte (ultra tardive) des livres après avoir passé beaucoup de temps à écrire des récits foutraques. Ce sont là de courts chapitres qui nous baladent dans ces petits souvenirs bien légers ma foi. Benacquista ne se cherche pas de trauma à outrance (même s'il eût aimé en savoir un peu plus sur ce père taiseux (mais pas en injures) à l'haleine trop souvent avinée), ne joue en rien à l'élève modèle (au contraire, son entrée dans la lecture de la Grande Littérature se fit dans la douleur) et ne se décrit pas non plus comme le petit Rital de base enfermé dans son communautarisme... On sent chez le Tonino un regard humble, lucide, tranquille sur ces années d'enfance au sein d'une famille qui ne chercha en rien l'adaptation forcenée (l'apprentissage de la langue en particulier, pas franchement une priorité) ; contrairement à ses frères, lui, le petit dernier, il fut immédiatement immergé dans la langue française et fit son petit bonhomme de chemin en toute banalité à l'école, moins doué qu'une de ses soeurs brillante, mais plus qu'une autre indolente (mais qui durent toutes suivre des cours de sténo par la suite)... Très vite, on sent chez le Tonino un petit goût prononcé pour la littérature en marge, pour le polar notamment, genre dans lequel d'ailleurs il fit ses premières armes sans jamais vraiment se la péter ou chercher à révolutionner le genre. Il évoque également ses premières amours (sans s'étendre), ses divers petits boulots (sans s'étendre) et sa grande crise, soudaine, agoraphobe qui le cloua un certain temps à demeure. Il joue le jeu du petit roman familial mais ne peut s'empêcher sur la fin d'en imaginer d'autre totalement différents (la version ricaine puis italienne, un monde des possibles purement imaginaire) et ces fictions, finalement, semblent avoir autant de valeur, de poids que la réalité. Sans chercher à régler ses comptes, il revient sur la toute fin sur ce père qui semble resté pour lui une véritable énigme, qui gardera toujours son aura de mystère... Une petite biographie bien agréable d'un Tonino dont on aime toujours autant la fluidité de la plume et la douce ironie.

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La Blonde et moi (The Girl Can't Help It) (1956) de Frank Tashlin

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On est toujours partant pour une petite comédie musicale légère des fifties même s'il est clair qu'on ne s'attend jamais à découvrir le scénar du siècle... Avouons tout de même d'entrée que sur ce coup Tashlin et son coscénariste Baker font preuve d'une paresse absolument terrible... Un ancien prisonnier (O'Brien, déjà sur la mauvaise pente), incarcéré pour avoir fait le trafic de machines à sous, se met en tête de faire de sa future femme (Jayne Mansfield... tout est dit) une star ; il contacte pour se faire un ancien agent devenu alcoolique (Tom Ewell, pas frais non plus) : il a carte blanche pour atteindre ses objectifs - si ce n'est bien sûr l'interdiction de tomber amoureux de la Jayne... Et bien sûr, forcément... Alors oui, c'est une trame aussi con qu'une autre sur laquelle on aurait tout autant pu pondre un chef d’œuvre... Ici, il n'en sera rien... Quand dès l'ouverture on nous vante le format Scope et les couleurs Deluxe, cela ne sent jamais vraiment bon : on flaire le truc chic et choc qui risque d'être aussi creux que les poumons de Jayne. Bingo ! Ce sera malheureusement le cas ; l'idée principale, ici, est d'enchaîner les compositions rock du moment en livrant souvent inextenso un morceau ; le casting vintage est alléchant (Les Platters, Gene Vincent, Little Richard, Fats Domino, Eddie Cochran...) mais ils sont là uniquement pour remplir tous les trous d'un scénario qui tourne totalement à vide... Tom sort la Jayne pendant une soirée infinie, permettant ainsi à la potiche de mettre ses atouts en avant et de rouler du popotin avec la même grâce qu'un sextoy dont on vient de changer les piles. Il est clairement établi que filmer Jayne Mansfield de profil, c'est déjà un spectacle en soi... Mais sinon, polala, que c'est longuet et bête. O'Brien fait ses petites crises de jalousie en éructant comme un porc, Ewell fait son joli coeur avec le même air bêta que mon père quand il découpe la dinde et la pauvre Jayne en est réduit à enfiler des tenues de plus en plus seyantes pour attirer le chaland ; elle a droit à des dialogues de ménagère de base qui permettent uniquement de mettre en avant sa petite voix fluette de cruchasse et on regarde cette love story vintage cousue de fil blanc avec autant d'effarement qu'un discours de Pécresse sur le rôle crucial des miradors. C'est coloré, poumoné, rock'n'rollé, parfaitement calibré en un mot pour un public actuel d'ehpad (la quasi surdité et la baisse de vue ne seraient être vraiment un obstacle). Poussif.

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20 janvier 2022

Descartes (Cartesius) (1974) de Roberto Rossellini

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Ah nom de Dieu, il faut être sacrément en forme pour venir à bout de ces deux épisodes sur la vie ultra-trépidante de Descartes. On ne peut pas reprocher au type de ne pas passer sa vie à penser et à essayer d'y voir clair dans toutes sortes de sciences (la géométrie, l'algèbre, l'astronomie, l'optique, la physique, la médecine...). Rossellini, plus didactique que jamais, nous propose donc d'écouter les déductions de notre homme sérieux comme un pape sur plus de deux heures trente et il faut bien reconnaître qu'en terme de série télé on est beaucoup plus dans l'exigence que chez les Marseillais à Lesbos. Décors spartiate (ils ont dû louer des caves), musique anxiogène à mort (cette cloche qui vient ponctuer quasiment toutes les scènes file irrémédiablement le bourdon), direction d'acteurs à minima (vous devrez dire vos douze pages de texte soit assis soit sur un espace maximum de 2 mètres carré), costumes de carnaval (pyjama blanc ou habits noirs), on ne peut pas dire que l'ami Roberto soit dans la dépense au niveau du spectacle. Il faudrait un feu, une bonne pipe, huit litres de rhum pour véritablement apprécier la chose, sans doute, en tant que spectateur. Dans l'état, on s'accroche comme un lierre malade devant ces discussions qui assommeraient un buffle à l'usure. Non, Descartes, contrairement à plusieurs idées reçues, n'était pas un roi de la déconne ; s'il aimait parfois changer d'endroit (de la France à la Hollande, puis un passage par l'Allemagne avant de revenir dans le pays des tulipes), le type était avant tout casanier : bossant la nuit, se levant rarement avant midi, il s'installait généralement dans des petites chambres perdues pour que personne ne vienne l'emmerder ; il pense donc il fuit. De temps en temps, il pouvait se laisser aller à quelques turpitudes de son temps et faire un petit discours (de sa méthode) devant une poignée de docteurs au chapeau pointu. Et après, retour à la solitude... Sa vie sexuelle, d'ailleurs, sembla se résoudre à un petit coup avec une servante d'auberge - il assuma la liaison, ainsi que l'enfant, mais ne les fréquenta guère - surtout l'enfant, qui mourut jeune... Voilà pour la partie action et aventures.

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Sinon, mes bonnes gens, il faut se contenter des démonstration d'un Descartes peu enjoué (... you got it ?) mais toujours soucieux d'être précis. Ne pas se laisser influencer par les théories parfois fumeuses des anciens, tout remettre à plat, expérimenter, déduire, analyser, sans trop jamais perdre de vue (le gars semblant toujours prendre ses précautions pour ne pas déclencher des polémiques infernales) que tout cela, hein, à la base, c'est quand même grâce à Dieu (les théologiens avaient l'air un brin suspicieux et méfiants à l'époque, faudrait pas les froisser). Il est question, aussi, de guerres, de problèmes de religion (entre protestant et catholique), de savants de ce temps, autant de sujets traités, une fois de plus, sur un ton terriblement monocorde. On s'accroche, on se dit qu'ensuite Descartes n'aura plus aucun secret pour nous, mais avouons que la chose est tout de même copieusement exigeante et d'une lenteur philosophique, Pierre, pardon, René. On sent que pour Rossellini le texte et le fond priment et sa mise en scène reste tout du long d'une sobriété de nonne anorexique et végan. Diable. On en vient à bout à la force du poignet (sur une dernière note plus triste qu'un chat pendu) en se disant que vouloir éduquer le petit peuple c'est beau mais que la sécheresse de l'écrin est tout de même bien pesant... La vie des Médicis en quatre heures trente sinon ? Je vais faire une pause, Roberto, je crois. 

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Le Genou d'Ahed (Ha'berech) de Nadav Lapid - 2021

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S'il y en a un qu'il sera difficile d'attraper en pleine fadeur, c'est bien Nadav Lapid : il nous offre aujourd'hui un nouveau film tout feu tout flamme, qui cultive un style tout en n'importe quoi et en triples lutz. Je ne vous garantis pas que votre siège restera immaculé de toute trace de vomis, tant le film cherche à vous en mettre plein la vue et à vous étourdir façon grand-huit ; mais je vous garantis en tout cas que Le Genou d'Ahed ne vous laissera pas indifférent, ce qui est déjà pas mal. Lapid traite le cinéma comme un exercice de haute voltige : son ton intrépide et somme toute très courageux compte tenu du contexte de ses tournages, il le traduit par mille et une convulsions de mise en scène dont seulement 1 sur 5 est pertinente et utile au propos. Tant pis : il importe de nous éblouir coûte que coûte, et si on eut préférer un cinéma plus posé, on peut aussi rigoler devant cette démonstration. On peut donc voir au cours de cet éprouvant voyage la caméra se balader dans tous les sens, se riant des lois de la gravité, le son exploser à vos oreilles façon bombe même quand un type se gratte le cou, le flou devenir une figure de style, ou le décadrage s'imposer comme un incontournable. La plupart du temps, c'est inutile et on se dit qu'un pied de caméra ne coûte pas non plus une fortune, ou qu'un simple tuto sur Youtube vous apprendra comment fonctionnent les boutons de votre DV. Un exemple parmi d'autres : lors d'un voyage en voiture, Lapid se dit : tiens, je vais pas couper pendant ce dialogue, et je vais montrer à la fois les deux personnages et le paysage ; et vas-y donc que la caméra bouge dans tous les sens, cadrant parfois à l'envers, opérant des panoramiques impossibles pour parvenir à cette fin. A la fin, un œil perdu et les cheveux ébouriffés, on n'a qu'une réaction : Woooou... mais pourquoi faire ? De temps en temps, je ne dis pas, la réalisation hystérique touche juste : ce sont par exemple les séquences dansées et chantées, magnifiques, ou cette façon de filmer le désert comme un paysage mouvant, sur lequel il est impossible de faire le point. Mais souvent on est en plein désarroi vis-à-vis de ces choix.

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Cette sur-stylisaton de chaque instant (pas ou très peu de plans "normaux", cadrés dans l'axe, filmés simplement) empêche d'aimer complètement le film. Trop d'esbroufe, trop de flafla, trop de m'as-tu-vuisme. Et c'est bien dommage, parce que le film, dans son fond, est bien plus intéressant que ce que cette mise en scène adolescente affiche. C'est l'histoire d'un cinéaste, Y., invité dans le fin fond du désert d'Israël pour y projeter un de ses films et rencontrer le public. Accueilli sur place par la troublante et ambiguë Yahalom, employée du ministère, il se voit contraint de signer un formulaire mentionnent l'objet de la soirée, le sujet qu'il va aborder, etc. Une manière de s'assurer que le discours sera politiquement correct et de bâillonner gentiment notre cinéaste. Au bout de la journée qui précède, au cours de laquelle il se livre à une errance un peu hébétée dans le désert, filmant ce qu'il voit pour sa mère qu'on imagine mourante, la soirée de rencontre virera au scandale : rempli d'une colère inarrêtable, Y. réglera ses comptes avec ce pays, l'art, la censure, le cinéma, Yahalom, le public. Encore une fois, après Synonymes, Lapid met les pieds dans le plat avec audace, et réalise un film aberrant pour ses concitoyens. La fureur de la dernière bobine, porté par cet acteur inquiétant et borderline (Avshalom Pollak) est vraiment fascinante : c'est comme si la tension, induite par cette mise en scène hystérique du début à la fin, trouvait ici son point d'achèvement, dans cette soirée qui constitue à la fois un abandon et un acte de rébellion pour le cinéaste. A l'heure où il est en train de préparer son prochain film (sur une jeune adolescente palestinienne qui a fait de la prison pour avoir giflé un soldat israélien), le gars décide que ça suffit, que son pays est une monstruosité, et qu'il ne peut plus se taire. En tout cas, le film, survolté, épidermique, se ressent de cette indignation, elle le fait même avancer... si bien qu'on revoit à la hausse ce style éruptif et qu'on se dit que c'était peut-être une bonne idée finalement. C'est sur cette critique normande que je vous laisse, face à ce film mal aimable et violent, remuant et hargneux que je vous suggère d'aller voir pour vous faire une opinion. (Gols 06/10/21)

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Je pensais que l'ami Gols avait eu la main un peu lourde sur le style parfois un peu "démonstratif" de Lapid et je me rends compte après avoir vu la chose qu'il a presque été un peu indulgent... Oui, ces mouvements de caméra dans tous les sens ne servent pas à grand-chose : ils n'inventent ni un style, ni ne servent la scène en question puisqu'ils en troublent souvent totalement le contenu ; mais cette démonstration technique de petit malin se double ici d'un jeu d'acteur(s) tout aussi lourdingue : qu'il s'agisse de ce personnage principal l'écume aux lèvres et le regard vicieusement trainard sur tout ce qui porte jupons ou encore de cette séquence de soldats israéliens en mode fin du monde solidaires, on a l'impression là aussi que le gars Lapid (le côté turpide de onomastique, sûrement) ne peut se contenter, quoiqu'il fasse, d'un petit jet de pierre : il faut que sa démonstration, dans les mouvements de caméra, dans le jeu grossier des personnages mâles en particulier (et je passe sur cette horde familiale en toute fin) et dans ce discours où il conchie Israël (qui n'est pas le pays des droits de l'homme ni de la liberté artistique : nous voilà pour le moins surpris), soit avant tout grandiloquente, surlignée, massive... On ne s'attache pas vraiment à ce personnage d'artiste quelque peu imbu de lui-même qui aimerait à jouer les Don Quichotte en son propre pays, et même si son combat part d'un bon sentiment, le peu de finesse, l'hypocrisie (l'enregistrement à l'issue de cette pauvrette du ministère) qu'il met pour régler ses comptes ne vont pas franchement en sa faveur... L'homme, soudainement, dans un ultime sursaut d'humanité, ravale sa colère et laisse ses pleurs sortir, décide, plutôt que le combat (direct ou indirect) contre cet État un tantinet sectaire de fuir et le film laisse cette vague impression d'un gros coup de sang pour l'esbroufe. On ne conteste point les bonnes intentions de Lapid sur cette action, juste des moyens et des propos en mode bazooka qui finissent par rater quelque peu sa cible... J'en attendais beaucoup, le truc m'a pas vraiment pété le genou...

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18 janvier 2022

Ham on Rye (2019) de Tyler Taormina

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Curieux film qui se concentre sur des bandes d'adolescents qui semblent jouer leur vie le temps d'une soirée ; s'il y a une certaine originalité à prendre cette soirée comme le point d'orgue de toute une vie (qui permettra aux élus apparemment de disparaître à jamais de cette bourgade morte), il s'en dégage également une terrible impression d’ennui - c'est d'ailleurs tout léthargique que je vous écris ces lignes comme si le jambon avait été trempé dans du chloroforme... On suit au départ de façon assez guillerette ces adolescents qui se mettent sur leur trente-et-un, des ados dont certains coins du visage sont encore un peu biscornus, pas vraiment finis - c'est un âge de transition, ingrat disent les plus lucides... Ils semblent habités par le doute, poussés parfois par des parents un peu couillons qui leur mettent la pression... On se demande bien où cela franchement nous mène et puis arrive sur la pointe des pieds cette sorte de boum d'un autre temps où les garçons et les filles se choisissent, certaines levant le pouce pour donner leur accord, d'autres non... C'est un joli petit moment suspendu suivie d'une séquence terriblement fleur bleue avec cette boule à facettes illuminée devant laquelle des baisers se font en ombre chinoise et des pactes se scellent... Il y a les couples vainqueurs qui disparaîtront au bout de la rue, entre chiens et loups, et les losers qui se retrouveront, semble-t-il, dès le lendemains, totalement abandonné(e)s comme s'ils avaient raté le coche d'une vie... On suit par ailleurs d'autres bandes d'ados plus murs qui errent dans ces quartiers en surfant sur la chienlit... Une bourgade chiante à mourir qui transmet magiquement (...) au spectateur cette nonchalance et cet état de veille - difficile en effet de ne pas finir par somnoler avant l'arrivée salvatrice du générique ; un certain charme sans doute mais tellement délétère qu'on l'a semble-t-il malheureusement déjà perdu... Plus morne et tristoune que galvanisant, voire un peu creux - c'est le moins qu'on puisse dire. Un film finalement un peu ingrat en son genre - c'est cela oui.

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17 janvier 2022

Les Envahisseurs attaquent (Kaijû sôshingeki) (1968) de Ishirô Honda

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On retrouve le gars Honda à la tête de la franchise dans ce qui aurait pu constituer en cette année troublée un beau bouquet final - malheureusement, on ne s'arrêtera point là et notre agenda devra encore se taper bien des fois les cris de casseroles de Godzilla... On retrouve en début de parcours tous nos monstres (Godzilla, son gamin, Rodan, Mothra et toute une flopée de trucs préhistoriques peu engageants) regroupés sur une île, une sorte de Jurassik Island avant l'heure (s'est pas pété le ciboulot le gars Crichton...). La cohabitation avec nos amis les humains se passe donc pour le mieux (les monstres sont sous contrôle - on leur balance du gaz dans les narines quand ils veulent se barrer...) mais bon sang de bonsoir tout va vite partir en sucette... Une groupe de femelles obséquieuses qui vient des confins de la galaxie, en tenue de spermatozoïde argenté (sûrement pour tromper son monde) va se mettre en tête de venir s'installer sur Terre : d'abord ces femmes avides prennent le contrôle des monstres qui se mettent à tout bousiller (et boum mon Arc de Triomphe, (les gilets jaunes ont décidément rien de fabuleusement original) puis elles vont s'installer dans un petit coin de la chaîne de montagnes du Fuji. Pépouze, les donzelles... Face à elle, heureusement, se dressent ces vaillants colonisateurs de la lune (reconnaissables à leur tenue de spermatozoïde jaune - j'aimerais pas faire la connaissance du type en charge des costumes) qui vont tout faire pour aider à inverser la tendance... Les monstres bien sûr seront de la partie (parce que d'instinct ils connaissent leurs vrais ennemis - Godzilla le destructeur est devenu en quelques années le fidèle ami de tout un peuple...) avant que les hommes en jaune et leur rayon maser (plus avancé que l'autre... au moins dans l'alphabet) viennent annihiler ces pauvres gonzesses chaudes comme la braise. Ça va fighter dru.

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Alors on sait gré au gars Honda de nous ressortir pour l'occase toute sa panoplie de petites maquettes hight-tech (de la base lunaire à ces villes célèbres qui vont voler en éclats), de nous réserver une véritable parade de monstres qui rendrait le Sambadrome de Rio vert de jalousie, de nous servir une petite musique enjouée, pompière, entrainante, un peu plus léchée que d'habitude, de faire péter les bombes sur la Lune (tu m'étonnes qu'elle soit couverte de cendre tantôt), bref on sent qu'il veut mettre un point d'honneur à montrer qui est le boss... Après, oui, malgré tous ces efforts, le scénario demeure complétement con (ces allers-retours inutiles entre la Terre et la Lune, putain on sent que la Greta n'était pas encore de ce monde !), c'est joué avec autant de conviction qu'une partie de bowling sans quilles et le manichéisme n'a jamais été (entre spermatozoïdes notamment) autant de mise... On sent que nos petits monstres en clan s'éclatent à péter la gueule de ce monstre extra-terrestre à trois têtes mais ce déferlement de violence cache une vérité bien sotte : on n'a jamais su rendre la franchise vraiment intelligente, exploiter ce fameux filon d'origine de façon fine... Du coup on est un peu las devant cette cacophonie animale finale et on se passionne comme un gland pour ces petites maquettes qui explosent en faisant pop à défaut de pouvoir mettre ses neurones en branle. Pétard, laissez Godzilla en paix... mais on sait que ce cri est vain, c'est pire que James Bond cette exploitation jusqu'à la racine de la racine de la franchise... Honda passe la seconde mais cela reste bien poussif sur le fond.

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16 janvier 2022

Little Palestine, Journal d'un Siège (Little Palestine (Diary of a Siege)) (2021) de Abdallah Al-Khatib

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Voilà ce qu'on est en droit d'appeler un doc-mémoire stricto sensu alors même que cette horreur s'est déroulée il y a peu, dans une certaine indifférence et qu'on l'avait qui plus est, comment dire, déjà oubliée... En 2013, après des guerres entre factions rivales, Al-Assad décide de définitivement fermé ce quartier de Yarmouk (ou Little Palestine : un endroit qui a accueillit des réfugiés palestinien depuis 1948) à Damas ; plus de sorties, plus d'entrée, plus de nourritures, plus de soin, c'est la politique de l’asphyxie qui durera deux ans avant la venue de... l'Etat islamique - qui se réfugiera dans ces mêmes quartiers en ruines... On avoue, perso, être un petit peu déçu, de voir qu'Al-Khatib ne resitue pas exactement le contexte de ce blocus, les tenants et les aboutissants de la chose... cela nous oblige certes à faire le petit effort de notre côté de rechercher plus d'info sur la situation géo-politique de ce conflit pour le moins complexe. Un peu de frustration de ce côté, donc, même si on sent bien que l'intérêt principal de la chose est surtout de nous montrer, encore une fois, dans un passé très récent, ce que des civils ont dû subir au quotidien comme pression, comme sacrifice pour tenter de simplement survivre. Ce qu'on a là, sous les yeux, ce sont les images d'une population impuissante, qui erre dans ces rues pour tenter de ne pas rouiller chez elle, qui tente parfois de crier sa rage, de se rassembler, de sortir de ce cloisonnement avant de se faire rapidement (à coups de tirs) renvoyer dans ses quartiers, d'une population, vieilles femmes isolées, enfants, hommes qui souffrent et qui tentent par tous les moyens de trouver des trucs à manger.

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Al-Khatib filme au plus simple, à hauteur de misère, sans chercher le mélodrame, le tire-larme, en tentant juste de montrer cette cruelle réalité, ce quotidien du vide, cette vie des gens vite oubliés du monde... Des femmes qui meurent chez elles, des nourrissons sans lait, des gamins qui trient les herbes pour se nourrir comme des vaches, des gens qui chantent pour se redonner du courage, garder de la fierté, des gens qui sont comme des lions dans une cage avec absolument plus personne qui s'intéresse à leur sort - comme si la communauté internationale n'était ni une communauté (bah, des Palestiniens...), ni internationale (ah oui, la Syrie...). On assiste dès lors à une attente lasse, à des sourires contrits, à des micro-actes héroïques (cette femme qui distribue des ballons rouges aux gamins et qui s'enquiert de la santé des vieillardes qui crèvent à petit feu dans leur canapé), à des personnes qui prennent leur mal en patience en attendant éventuellement une libération miraculeuse... On s'attendait sans doute à voir un documentaire un peu moins décousu, un peu plus informatif, mais dans l'état reste un constat brut, brutal, un doc sur des personnes filmées dans leur plus simple quotidien et dont la pure détresse laisse sans voix. C'est déjà en soi une leçon... sur un fait historique déjà vite rangé dans les tiroirs des horreurs. 

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15 janvier 2022

Le Diable souffle d'Edmond T. Gréville - 1947

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Gréville gâche un peu son film, qui montre par endroits qu'il aurait pu être super puissant. Trop d'erreurs dans le casting, trop de flou artistique, trop de lourdeur, tout ça finit par annuler tous les effets de ce "beau film malade", qui contient pourtant encore quelques beaux restes. Pourtant, dans le sujet, on reste au ras de la moquette : c'est le classique triangle amoureux, le mec mal maqué qui se fait doubler par le beau jeune gars, enfin rien que du classique, voire du conventionnel. Dans le rôle du cocu, Charles Vanel, alias Laurent, qui s'éprend d'une musicienne de cabaret dépressive (Héléna Bossis, complètement nulle, et un physique d'oiseau tordu un peu inquiétant). Ni une ni deux, il l'embarque sur son îlot coupé de tout, situé à la frontière espagnole, sans se rendre compte que la belle ne pense qu'à s'enfuir de ce trou perdu, congédiant la bonne qui la prend en grippe, construisant un cocon de protection autour de sa belle qui prend tous les aspects d'une prison. C'est alors que débarque la mouche du coche : un réfugié politique espagnol en cavale, que notre bon Laurent va cacher, profitant d'une tempête qui tient éloignés les flics. Devinez donc ce qui va se passer entre le beau Diego et la moite Louvaine... Sur fond de crue incessante, au son du vent qui souffle comme un rageux, l'atmosphère vire au fantastique, les désirs sexuels se déchainent, les passions jusqu'alors cachées explosent en plein jour, et le diable lui-même pourrait bien s'y mettre...

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Un canevas de mélodrame, et effectivement le film verse très souvent dans le tordage de mains et les yeux mouillants. Peu aidé par Héléna Bossis et Jean Chevrier, Gréville ne peut compter que sur Charles Vanel pour rendre son histoire un peu tenue. Le bougre excelle dans l'aspect bourru mais tendre, et campe un cocu magnifique digne de la tradition (de Raimu à Michel Simon, le rôle est presque un emploi à lui tout seul). Le film est très joliment habillé dans un noir et blanc contrasté, aux ombres constamment menaçantes, par une musique hantée et obsessionnelle, par une atmosphère que le gars parvient à rendre inquiétante et fantastique : le déluge qui s'abat sur nos trois personnages, et qui ne cesse pratiquement jamais du début à la fin, donne un air de cataclysme à cette petite histoire qui, sans ça, aurait pu n'être qu'un vaudeville sans âme. C'est un peu longuet, le gars n'arrive pas à retenir notre attention pendant les 110 minutes, et on se rend assez vite compte que tout ça s'apparente à beaucoup de bruit pour pas grand chose. D'autant que la grosse erreur est de n'avoir pas su choisir un vrai cap entre mélodrame, chronique sociale (voire politique) et fantastique. A force de jongler avec les atmosphères, Gréville se perd ; pour une scène surprenante (l'apparition du diable après une opération de l'appendicite dramatique), on doit se taper deux autres scènes très convenues (les personnages secondaires sont vraiment too much, le "suspense" politique ne tient pas). Bref, ça ne fonctionne pas vraiment, mais il reste des vestiges d'un beau film tourmenté. Avec d'autres acteurs, et en gardant mieux le gouvernail, ça aurait pu être grand.

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Pink Flamingos de John Waters - 1972

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Bon goût à tous les étages dans ce film sain et poli, qui montre dans de somptueux cadres à la flamande des rapts de bébé, des viols, du meurtre, de la consommation de merde de chien, du cannibalisme et du trafic de coke, le tout dans une joyeuse ambiance débridée. Autant vous dire que Waters cherche le bâton, et qu'il le trouve à chaque instant de Pink Flamingos, véritable scandale cinématographique qui vient titiller chacune de nos fibres civilisées. Il y a quelque chose d'aberrant et d'admirable à prendre ainsi le revers systématique de tout ce qui fait le bon goût, de renverser une par une toutes nos sacro-saintes valeurs, et d'en faire un objet drôle et gênant comme peu l'ont réussi. Tout, tout, tout, dérange là-dedans : ça commence par le personnage de Divine, ici surnommée Babs Johnson, et son physique de drag-queen obèse surmaquillée et peroxydée en orange. Véritable tâche sociale et politique dans le film, elle promène sa dégaine avec une fierté assumée, cherchant coûte que coûte à mériter son titre d' "être le plus répugnant de la planète". Elle ose tout, et réussit tout, jusqu'à, donc, cette scène un poil cracra où elle mange la merde directement sortie du caniche nain (scène sans trucage, nous assure Waters, hilare, dans le bonus DVD). Avant ça, elle campe un personnage qu'on peut qualifier de haut en couleur, flanquée de complices tout aussi barrés qu'elle : sa mère débile qui vit dans un parc à bébé et ne mange que des œufs, son fils qui sort son chboube plus que de raison, et son amie qui a une légère tendance au voyeurisme. Sa petite vie tranquille est menacée par le couple Marble, duo sataniste et criminel (ils enlèvent des femmes, les font féconder, les tuent et revendent les marmots), jaloux de sa légende et prêts à prouver que ce sont eux qui sont les plus immondes sur cette terre. Ça ira assez loin, puisque les Marble finiront explosés par Divine en direct devant les caméras.

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Difficile à regarder, tout ça, tant tout revendique un aspect crasseux. Outre que le film est criard et laid, tout ce qui nous y est montré ferait rougir le Marquis de Sade et on dirait que Waters n'a aucune limite, cherche à tester justement ses propres possibilités. Profitant d'une époque qui s'ouvrait enfin un peu (le cinéma porno était légalisé, et Pink Flamingos en porte des traces), il monte des séquences qui attaquent tour à tour chaque valeur américaine : meurtre, drogue, sexe, cannibalisme, alcoolisme, déviances sexuelles, canons de la beauté, presse, capitalisme, tout passe au hachoir de son regard acerbe et provocateur. Le résultat, malgré la laideur, malgré le côté punk, est spectaculaire : on ne cesse de béer devant les provocations du film, qui n'a pas perdu une once de son pouvoir de répulsion aujourd'hui. Rares sont les films qui ont le pouvoir de vous faire détourner les yeux (il y a ceux de Lelouch, mais c'est un autre débat) ; ici, quand un type se met à chanter avec son trou de balle, c'est notre geste naturel. Le plus épatant est que Waters, dans son anarchie violente, est un assez bon cinéaste, et parvient à mener finalement une histoire qui se tient, pour peu que vous acceptiez qu'on puisse bouffer un flic venu interrompre une orgie : montage au couteau mais fluide, cadre pas si bordélique que ça, dialogues marrants, scénario qui tient, on est loin du n'importe quoi. C'est juste cette façon de chercher nos limites qui épate, qui le rattache à un Ferreri ou un Pasolini, dont l'existence rassure même, à l'heure où les films sont tellement lisses. Un moment bis hyper gênant et hyper réjouissant, un film qu'on ne souhaite à personne mais doté d'une santé revigorante !

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Le Festin nu (Naked Lunch) (1991) de David Cronenberg

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Si je peux reconnaître avoir un certain faible, en particulier dans les films plus récents, pour Crash, ExistenZ ou Spider, je dois reconnaître que depuis ce dernier justement les films de la star canadienne de l'horreur (!) me laissent assez froid... Tout comme, justement, voyez comme la vie est bien faite, ce Festin nu qui, à la revoyure, me laisse plus pantois qu'abasourdi... J'avoue avoir un très vague souvenir de la lecture de la chose (il y a une trentaine d'années, sur une plage landaise...) mais cela ne semble pas vraiment avoir d'importance ici puisque Cronenberg s'amuse surtout à retracer la vie de Burroughs d'après ses écrits... et ses crises de drogue donc. Une femme tuée de façon résolument bêta (faut pas tirer sur sa femme pour jouer quand on ne sait pas viser, c'est la règle) et un homme qui s'enferre dans des délires parano-scripto-délirants... Notre homme pénètre dans un univers nord africain à forte connotation homosexuelle, celui de l'interzone, un monde où les machines à écrire parlent, se transforment en cafard ou en monstre, un monde où les mille-pattes semblent avoir une curieuse influence néfaste, un monde dangereux où les gens sont aux aguets, un monde où l'on se voit confier des missions turpides, un monde sous champipi complet... Alors oui, c'est vrai qu'on peut s'amuser un temps de ces visions qu'a notre héros, des visions pas très claires d'individus bizarres (ce monstre à cheveux de bites, for example), voire même des hallucinations de notre gars, en particulier lorsqu'il écrit sur des machines qui deviennent de véritables organes sexuels. On sent bien que le type n'est pas dans son assiette et que ces cauchemars sont pires que vos jours...

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On n'a rien personnellement contre un petite dose de surréalisme qui se joue des motifs sexuels et gore... On peut s'en amuser, disais-je, cinq minutes, c'est vrai, mais ensuite, on a vite tendance à regarder la chose en laissant notre gars dans son délire sans en avoir vraiment grand-chose à battre (Bill Lee, je pars me faire un café, et peut-être même un café gourmand, puis une petite boule de glace et un dernier des derniers digestif et puis je reviens promis... Ouah gros, t'as pas bougé de ta chaise, arrête de penser à des mille-pattes en poudre, ça devient gênant). On veut bien croire que l'ami Burroughs ne se rendait pas compte de ce qu'il écrivait, qu'il écrivait même et Cronenberg semble vouloir montrer à quel point notre homme était totalement bloqué dans son univers de barge (le petit monologue de Peter Welter sur l'histoire du "cul avec des dents", un délire verbal où l'on reconnaît volontiers le style pour le moins imagé et frappadingue de Burroughs). Mais on s'ennuie. Welter a deux de tens', le combat entre les machines à écrire (ça sent la métaphore ce truc) nous lasse et on décroche assez vite de ce festin où l'on a l'impression qu'il ne reste pas même des os à ronger... Plus plombant qu'illuminé, plus chiant que véritablement inspiré.

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LIVRE : Le Livre de la jungle (The Jungle Book) de Rudyard Kipling - 1894

9782070367832,0-633539Bonheur enfantin et infini de replonger une énième fois dans Le Livre de la Jungle. Il y a dans ce recueil de nouvelles toute la magie de Kipling, son art génial de conteur, son imagination sans limite, son ton mordant et ironique, son humour, sa passion pour les animaux, son goût de l'exotique et de l'évasion, son côté bordélique et sans façon, enfin il y a tout ce qu'on est en droit d'attendre d'un livre quand la littérature contemporaine vous dégoûte et qu'on veut revenir aux fondamentaux. Je ne vous apprends rien, c'est l'histoire d'un gosse récupéré dans la jungle par... des loups (oui, on trouve des loups dans la jungle chez Kipling, comme on trouve des ours ou des chameaux, magie de la littérature), et élevé dans la loi de la jungle ; à savoir avec le respect de chaque race d'animaux, avec un sens de la fatalité bien ancré (il faut bouffer et être bouffé), dans une sorte de démocratie bienveillante qui culmine avec le conseil qui réunit tous les animaux pour discuter des problèmes. Mowgli devient une sorte d'animal ++, à la fois sauvage et civilisé, un pied dans la bestialité un autre dans l'humanité. Ce statut lui vaut de s'attirer la haine du féroce Shere-Khan le tigre, mais aussi la solide amitié de Bagheera la panthère noire, de Baloo l'ours et de Kaa le python. C'est toujours le même débat entre civilisation et sauvagerie, mais Kipling le porte à un haut niveau en brouillant complètement les frontières entre l'une et l'autre : la jungle, organisée en castes, paraît souvent plus civilisée que le monde des humains. Ceux-ci, à peine représentés d'ailleurs, sont symbolisés par les singes, véritables parias du monde animal : leur stupidité, leur cupidité, leur absence d'organisation, leur méchanceté, les rapprochent de l'humanité telle que la conçoit Kipling, qui ne se prive pas pour dresser un portrait très acide de leur communauté anarchique. Ils sont aussi au centre de la plus belle nouvelle du recueil : l'enlèvement de Mowgli par les singes est l’occasion d'un splendide récit d'aventures très mouvementé, rythmé au millimètre, et qui balance sa dose de critique sociale et politique.

On sent que le livre n'obéit à aucun plan préconçu, et est même visiblement écrit au fil de la plume (ce qui n'enlève rien à sa grandeur pour le coup). La première nouvelle résume toute la vie de Mowgli dans la jungle, la deuxième revient dans le passé, la troisième dément la première, etc. Quant aux dernières nouvelles, elles occultent totalement le petit humain, s'intéressant à d'autres animaux, et s'éloignent même parfois de la jungle proprement dit : le voyage d'un phoque pour trouver un nouveau territoire semble plutôt appartenir à un recueil sur la mer. C'est un grand bordel assumé, on sent bien que Kipling s'en balek de la cohérence de tout ça, et choisit plutôt de nous donner des petits bonheurs de récit comme ils lui viennent, sans trop se prendre la tête. Et entre la mort de Shere-Kan et un bal d'éléphants, entre le combat d'une mangouste et d'un serpent (sublime récit, là encore) et une charge de chameaux, les occasions de trouver le bonheur sont constantes. Kipling est un vrai raconteur d'histoires au coin du feu, et on est complètement happé par ces contes mouvementés et haletants, drôles et dépaysants, comme on l'a été à 10 ans. Éternel et génial.

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14 janvier 2022

Introduction (2021) de Hong Sang-soo

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Une cuvée d'Hong une nouvelle fois assez minimaliste (à peine 65 minutes au compteur, un fil scénaristique très ténu) et s'il y a peu de véritables scènes mémorables, c'est sans doute parce que c'est dans les creux que le film trouve son rythme : il sera ici question de plusieurs introductions-présentations (une mère présentant une amie peintre à sa fille, une autre mère présentant un ami acteur à son fils), autant de rendez-vous qui prendront rapidement des allures de rendez-vous manqués (la fille ayant du mal à justifier son choix d'étudier la mode devant une artiste incrédule, un fils quant à lui qui se fera purement et simplement engueuler par un acteur qui ne comprend pas certains de ses choix...) qui s'inscrivent dans une histoire d'amour elle-même... ratée. Les deux personnages principaux vont en effet, au final, se retrouver séparés : elle choisit de partir en Allemagne pour suivre ses études, il la suit dans la foulée pour lui rendre une visite surprise mais (après un fondu au noir rare chez Hong), on comprendra qu'il n'a pas réussi à s'installer lâ-bas, qu'elle s'est mariée avec un autre. C'est une trame qui repose finalement surtout sur des dissonnances : un dialogue père-fils impossible (séquence number one), une incompréhension mére-fille palpable (séquence number two), et une formidable vrille entre un acteur reconnu et un acteur aspirant (le héros) ; c'est forcément l'un des (petits) sommets du film, un de ces moments comme on les aime chez Hong : une table de resto, un repas de plus en en plus arrosé, des convives qui tentent d'échanger et soudainement l'envolée terrible de l'un d'eux qui ne peut contenir sa patience, ses émotions face au sujet débattu. Petite cerise sur le gâteau, on aura aussi droit à une scène de rêve (comme d'hab, ce n'est qu'après coup qu'on se rend compte que), une scène joliment apaisée qui amène une petite touche de douceur au film.

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Alors sinon, restons calme et lucide, ne nous emballons malgré ce noir et blanc soigné, ces zooms millimétrés (petit flou sur notre acteur quand il s'énerve ? Vous êtes bien pointilleux, revoyez Cassavetes, merde), cet insert onirique charmant en bord de mer, on est loin d'être devant un chef d'oeuvre (ce n'est point parce que Hong a une patte particulière qu'il faut s'enflammer devant chacune de ses productions - de la maîtrise, oui, une touche d'originalité malgré tout, mais on obtient ici au mieux qu'une belle introduction à son oeuvre). Une oeuvre légère en trois actes qui laissent juste sur la langue une pointe de regret, un petit goût amer (de sel ?) désuet. C'est toujours bon à prendre dans un monde (qui fout le camp ? qui fout le camp, d'accord) où l'on ne débat dorénavant indéfiniment que d'impasse sanitaire.   (Shang - 21/08/21)

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Comme toujours il y a ce petit ton faussement amateur dans les films de Hong, un air de ne pas y toucher qui peut parfois énerver, parfois toucher. Ici, il touche, peut-être parce que son film est court et hyper-modeste, peut-être parce que les acteurs sont excellents, peut-être parce que je suis bien luné. Le compère ne dévoile pas tout son jeu et ne le dévoilera jamais : ça reste mystérieux, dans les intentions et dans l'exécution, et c'est très bien comme ça. On assiste donc intrigué à cette succession de scène a priori déconnectées les unes des autres, constatant que chacune a son charme, que chacune développe une trame secrète émouvante. Peu à peu le film se construit, presque malgré Hong qui met son point d'honneur à brouiller les pistes, à raconter dans le désordre, à introduire des scènes de rêve au sein d'une séquence, à couper juste avant que la scène atteigne son paroxysme. Hong aime les puzzles, mais malgré tout, on finit par faire le lien entre toutes ces séquences, on comprend que l'un aime l'autre, que l'une est la mère de l'un, etc. Et on finit par apprécier cette petite histoire, qui en fait est une succession d'échecs subits par le héros, jeune homme débonnaire confronté tour à tour à une copine, un ami, une mère, un faux père, un vrai père, enfin ballotté par la vie mais qui garde le cap. Tout ça est fait dans un très beau noir et blanc, dans des cadres parfaits, enfin c'est un très joli travail tout en retrait.   (Gols - 14/01/22)

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Overseas de Sung-a Yoon - 2019

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Yoon a trouvé là un sujet très fort. Overseas s'intéresse à un centre de formation philippin destiné à préparer des jeunes femmes au métier de bonne à l'étranger. Véritable institution du pays, la ménagère doit se former pour affronter toutes les difficultés de son métier : comment négocier son salaire ? comment nettoyer bébé ? comment servir le dîner ? comment repousser les avances de monsieur ? comment se défendre quand de nounou on risque de passer au statut d'esclave ? Au travers d'exercices pratiques ou devant un tableau blanc, on offre à ces femmes un aperçu de l'épreuve qui les attend, sur un ton parfois rigolard parfois doux, mais qui ne cache pas en fait l'immense angoisse qui les étreint : contrainte de quitter leur famille, leurs enfants, leurs habitudes, leur culture, elles vont partir vers l'inconnu, souvent dangereux (les témoignages de celles qui en reviennent ne sont guère encourageants). Elles considèrent d'ailleurs cet exil plus ou moins volontaire comme une peine de prison, étape obligé d'un cursus professionnel qui pourra peut-être un jour les faire rêver à autre chose.

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Sujet passionnant, on le voit, puisqu'il se situe AVANT le climax, avant que ces femmes partent réellement. Il y a dans cette attente toute une somme d'espoirs, de peurs, d'excitation, que Yoon parvient à retranscrire à l'écran avec force. A travers des plans qui doivent beaucoup à la peinture classique, qui sont même parfois très composés, elle donne à voir quelques scènes très belles, en plans fixes, à travers des surcadrages discrets et avec une belle distance par rapport à ses personnages. Toujours à quelques mètres d'elle, elle les cadre en groupe, montrant ainsi une sororité dans la détresse, une solidarité un peu pathétique à quelques jours du grand départ. Elle exprime surtout une grande détresse face à ce système violent, qui refuse de dire son nom. On sent bien que celles qui partent pour le Japon ont plus de chance que celles qui vont bosser à Dubaï ou en Arabie Saoudite, que derrière ces petits espoirs se cache la peur de la violence, du viol, de l'asservissement. Ces femmes ont l'air toutes fragiles face à ce qui les attend. Yoon a aussi la bonne idée de brouiller les frontières entre documentaire et fiction : à travers les scènes jouées par ces femmes pour les préparer aux différentes situations qu'elles devront affronter, elle exploite toutes les possibilités de la fiction, du jeu, du semblant, et son montage qui occulte l'avant et l'après des scènes fait le reste. UN film très habile donc, pas passionnant de bout en bout, dont certaines scènes frôlent même le banal ou la répétition, mais une cinéaste intelligente et pudique, qui arrive à dire pas mal de choses avec peu de moyens.

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La Nature (2019) d'Artavazd Peleshian

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Voilà quelque temps déjà que l'ami Gols me tanne avec Peleshian, je me devais donc d'être au taquet pour visionner sa toute dernière œuvre - qui sortira d'ailleurs en France au cinoche dans quelques semaines. Il s'agit là, donc, d'un doc d'une heure dédiée à Dame Nature et on dira surtout à sa sympathique puissance dévastatrice. Après une petite intro opéresque sur des monts tranquilles, des hauteurs enneigées, des sommets que viennent saluer des levers de soleil cyclopéens, après cette petite introduction paisible qui nous montre que la nature repose tranquillement dès lors que l'homme en est absent, un premier grondement se fait entendre nous faisant craindre, tout d'un coup, qu'il faut se méfier de l'eau qui dort... On ne croit pas si bien dire puisque dès lors la musique s'efface et on assiste à un véritable déferlement naturel : volcans qui s'éveillent, banquises qui baissent les bras, tornades qui se mettent en boule, tonnerre qui gronde et surtout, surtout des torrents d'eau qui décident de se déchainer. On a beau dire qu'il faut se méfier du Pastis à trop forte dose, on ne m'enlèvera pas de l'idée que l'eau peut se révéler neuf fois plus dangereuse : ces fleuves qui débordent, ces océans qui envahissent des villes, ces torrents d'eau qui prennent dans leur bras voitures, maisons, collections de timbres, on a beau avoir vu certaines de ces images des dizaines de fois, on reste subjugué par cette force tranquille et terrible de l'eau et par ces habitants qui regardent la chose médusés du haut d'une maison qui risque bientôt d'être emportée (cette pauvre femme qui agite naïvement un drap blanc avant que sa maison soit purement avalée par les flots) ou qui tentent de fuir à toutes jambes une vague de dix mètres avant d'être bêtement fauchés par un clapotis puis recouvert par un bus qui a perdu les pédales... De l'eau, oui, simplement de l'eau, qui quitte pour un temps sa route et qui se met en tête de faire partir en voyage toute une autoroute ou un village...

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Peleshian, bien sûr, n'en reste pas là puisqu'il enchaîne avec des tornades qui transforment des maisons en boîtes d'allumettes (la musique se fait rare, les quelques cris ici ou là suffisent à mettre l'ambiance), des volcans gravement en colères qui crachent leur venin comme des politiques français idiots, des torrents de boue qui aplanissent des collines comme s'il s'agissait d'une forêt noire (le gâteau of course) qu'on écraserait sadiquement avec une pelle à tarte, des éclairs qui pètent des poteaux électriques comme s'ils se prenaient pour Godzilla, bref c'est la gabegie, la Nature, bordel, montre qui est le patron et dispose des êtres humains et de leur construction en béton ridicule d'un revers cinglant de la main. Vent, feu, eau, on a notre dose de cataclysmes et de destructions massives. Sur la fin, sur un petit air de Mozart, on revient parfois à des images quelque peu plus apaisées (des volcans bouche bée qui se taisent, des nuages qui s'organisent dans les cieux...) mais ici ou là, encore, des gerbes de feu rappellent à l'homme qu'il ne faudrait pas trop prendre la confiance et que le Nature demeure définitivement la plus forte. Après cela, on ne regrette pas d'être resté chez soi avec son virus et on regarde le ciel et les éléments alentours (je suis quand même sur une île volcanique qui s'enfonce... avec la mer à quelques mètres) d'un œil (le dernier) relativement méfiant. Merci Peleshian pour cette petite démonstration de force et ce montage à faire pâlir tout météorologue catastrophiste dans un noir et blanc aussi grandiose qu'angoissant.

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La Première Folie des Monty Python (And Now for Something Completely Different) de Ian MacNaughton - 1971

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Pour leurs débuts au cinéma, les Monty Python se sont contentés du minimum ; mais avec eux, le minimum est déjà génial. Ce premier film foutraque et inégal, signé d'ailleurs par un anonyme complet, est une succession de sketches que les bougres ont déjà interprété dans la formidable série Monty Python's Flying Circus (que je suis justement en train de me retaper, j'y reviens donc bientôt). Autant dire que, connaissant la fine équipe, ça vole assez haut dans le non-sens, l'absurde, le poussage de bouchon et le grand n'importe quoi. Il faut reconnaître qu'ils ont ici sélectionné la fine fleur de leurs délires : quelques chefs-d’œuvre absolus jalonnent le film, agréablement entrecoupés des fameux dessins animés-collages dadaïstes de Terry Gilliam, et tout aussi agréablement placés en contre-point avec de petites interventions barrées de l'un ou l'autre des Pythons. Parmi les grands moments, on retrouve THE sketch qui me fera toujours hurler de rire, même après 1500 visions : "Le perroquet mort", archétype de l'humour montypythonesque, anglais jusqu'au bout des ongles, un modèle d'écriture, de montée en puissance du rire, et de jeu d'acteurs. Il y a dans ce duel entre le sérieux John Cleese et le candide Michael Palin tout ce qui fait l'humour des gusses : une façon de jouer très sérieux les scènes les plus délirantes, de pousser toujours le plus loin possible l'idée de base tout en restant dans la "logique" pure. En tout cas, voir Cleese cogner le cadavre du volatile sur le comptoir pour prouver son trépas et entendre Palin expliquer qu'en fait "il est juste mélancolique" me plonge dans un fou-rire inépuisable. Un grand grand moment.

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Ce n'est pas le seul, et on se bidonnera à loisir devant le comptable rêvant de devenir dompteur de lions (il a déjà le chapeau) ; devant l'invention de la blague la plus drôle du monde, capable de tuer les Nazis, et dont la lecture d'un seul mot peut vous plonger dans le coma ; devant ce type un peu lourd qui fait plein de sous-entendus graveleux face à un bourgeois sérieux comme un pape ("Nudge nudge") ; ou devant ce championnat olympique des débiles mentaux s'affrontant sur des épreuves comme le coup de pied au mendiant ou le suicide. Tout n'est pas de ce niveau, et on sent que dès qu'ils sont dans la "grosse" mise en scène, les bougres sont moins bons (le sketch sur le gang des petites vieilles, par exemple, est raté). Mais tout ça reste prodigieusement inventif. Si bien qu'on se dit qu'avec un metteur en scène à la hauteur de leurs délires, le film aurait été génial. Ici, MacNaughton amoindrit même quelques scènes géniales dans la série télévisée, par un emploi très maladroit des champs/contre-champs et par une espèce de faux rythme qui casse le flow incroyable des acteurs. Ceci dit, les Monty Python n'ont pas besoin d'un écrin en or et sont suffisamment talentueux pour se passer d'une mise en scène clinquante ; elle atténuerait presque la portée de leurs sketches. Tels quels, portés par des acteurs géniaux, écrits avec une minutie et un sens de l'absurde incroyables, ils se suffisent à eux-mêmes. Premier film, et les Monty Python rentrent dans l'histoire.

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Rendez-vous avec une Ombre (The Midnight Story) (1957) de Joseph Pevney

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On creuse, on creuse, et on déterre encore quelques petites œuvres qui flirtent plus ou moins avec le noir... C'est un peu portion congrue ici, au niveau de l'ambiance, mais on a droit tout de même à la présence d'un Tony Curtis pleine bourre tentant de résoudre un dilemme cornélien - avec, en bonus, San Fransisco en toile de fond... Votre ami le plus proche est assassiné (un Père qui vous avait pris sous son aile à 6 ans, grand dieu), vous accusez un homme d'être le coupable, vous tentez de vous en approcher et cet homme vous accueille chez lui comme un roi, vous donne du taff et vous pousse dans les bras d'une cousine au charme indéniable (Marisa Pavan, une trace d'accent italien pour une fois non surjouée)... Faut-il vraiment aller dans ce cas-là au bout de l'enquête ou simplement glaner ce qu'il y a à prendre ? Curtis en tout cas est aux abois, rêvant chaque jour de voir l'alibi de cet homme confirmé (ce qui le disculperait forcément) alors même qu'il fond pour cette jeune femme...

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C'est ce qu'on est en droit d'appeler un job de l'intérieur, Curtis, flic par ailleurs, décidant sur un feeling d'infiltrer le petit monde de Sylvio Malatesta... Le type est affable, connaît le père assassiné et le respecte, et mène son business de pêcheurs comme un roi. Quand Curtis se confie à lui, il lui offre une chambre, sa table, sa mère, un taff et sa cousine : bref, le type est aussi généreux que sa moustache. Curtis dès lors sert des fesses : à chaque fois qu'il a une preuve de l'éventuelle culpabilité du type, il se renferme, dès que cette preuve est balayée, il exulte, sautant dans les bras de chacun, embrassant même dans un bel élan cette si gentille cousine. C'est l'ascenseur émotionnel en continu et l'on sent bien le terrible combat qui se joue au sein de notre héros : oui, il doit retrouver le coupable, non, il n'a pas envie de bousiller ce nouveau monde qui s'offre à lui, comme un ultime cadeau de ce Père qui l'a tant aimé, tant aidé. Curtis est parfait dans ce rôle de type qui doute, qui tombe (les femmes), tentant de rester malgré tout droit dans ses bottes de boots en boots. Il est un peu dommage, à partir de là, que Pevney ne soit pas franchement capable de charger un peu plus son film en noirceur. A l'exception de la scène d'ouverture efficace et du règlement de compte final, on aura droit à un pauvre baston qui tourne court (Curtis, le joli coeur qu'il ne faut pas trop chercher) ; il faudra sinon se contenter, entre-temps, d'une ambiance familiale italienne un peu convenue et d'un romantisme bien plan-plan entre les deux tourtereaux. On aurait aimé voir le Curtis plonger un peu plus dans les affres du doute, dans les tourments, et ce d'autant que le petit coup de destin de la fin (...) amortit encore plus cette petite tempête qui se jouait sous son crâne. Une réalisation honnête, gentiment à hauteur d'homme, sans esbroufe, dommage que le scénar soit aussi sage et finalement assez policé...

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noir c'est noir

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Les mauvais Garçons (2020) d'Elie Girard

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Autre métrage réduit (40 minutes au compteur) que celui d'Elie Girard qui se focalise, elle, sur un trio de potes. Un trio de potes qui s'effiloche un brin lorsque l'un d'eux annonce qu'il va être papa ; tout le monde est ravi pour lui mais il est clair que ce Victor va un peu moins fréquenté le grand Cyprien et le plus rabelais Guillaume... On retrouve ces deux derniers lors de différentes soirées, les deux garçons, entre une barquette de frites et un match de NBA évoquant leurs espoirs amoureux (tronqués) et surtout leur désillusion... Le gros morceaux de la chose est constitué de la découverte par Guillaume d'un SMS cinglant sur le portable de Cyprien venant d'une fille du lycée qu'icelui a recroisée... Remontant tous les SMS que son pote a écrit, il met le doigt sur son petit côté pathétique, dragueur lourdingue logiquement éconduit. Cela peut-il faire vaciller leur relation ? On est ici dans une ambiance française plus... orientale, puisqu'on est là dans l'est de la France où les soirées semblent parfois bien longues... Les deux potes semblent un peu perdus depuis la perte du troisième larron, ayant qui plus est du mal (par envie ou par manque d'occase...) à franchir le pas d'une relation amoureuse sérieuse... On suit ici leurs épanchements et surtout leurs petits mensonges pour tenter de continuer à faire le beau ; seulement dès qu'on gratte, leur personnalité (le déprimé et le dragueur lourd) n'a rien de bien reluisant. C'est un peu longuet, un peu démonstratif (cette plâtrée de SMS que l'on se tape - l'amour à l'ère du portable bis, mais avec moins de candeur et de fraîcheur) et cette longue soirée qui partait en eau de boudin se termine sur une note positive un peu forcée et facile. Une direction d'acteurs correcte mais un peu trop de complaisance dans cette lose attitude - on eût pu faire plus court et plus efficace.

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Pauline asservie (2018) de Charline Bourgeois-Tacquet

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On retrouve avec plaisir Anaïs Demoustier entre les mains de Charline Bourgeois-Tacquet pour ce métrage de 25 minutes réalisé il y a trois ans. D'entrée de jeu, on retrouve le flot verbal continu, façon mitraillette (à gauche ? psss) de notre Anaïs qui semble inarrêtable auprès de son amie quand il s'agit de discourir sur sa relation avec un quinquagénaire marié ; la pauvre attend un SMS du type et ne va cesser de faire chier son monde tout au long du week-end, un week-end durant lequel son cousin et des ami(e)s vont venir également la rejoindre dans cette maison de campagne... Il y a ce flux (et ce langage djeun's, en vrai), il y a les vannes qui fusent, il y a les micro-références littéraires, tout ce qui permet, comme dans le futur long, de donner du punch et des effets comiques à cette petite romance amoureuse (déçue)... Pendant que l'Anaïs ronge son frein, se met en attente, en off, les autres jeunes gens partouzent (hors-champs, on se calme) et mettent encore plus à la marge notre héroïne au bord de la crise de nerfs... La pauvrette se morfond, tentera de se reprendre mais dès qu'on fait un peu trop le malin (je m'en fous de ce type, il peut crever), l'amour a souvent tendance à revenir au galop... De l'amour à l'ère du portable traité de façon assez légère par Bourgeois-Tacquet qui fait déjà preuve d'un sens du dialogue qui fait mouche, d'une mise en scène dynamique qui sait joliment jouer le cas échéant de la profondeur de champ (photogramme ci dessus) et d'une direction d'acteurs et d'actrices absolument irréprochable. Sympathique parcours jusqu'alors.

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13 janvier 2022

La jeune Fille et l'Araignée (Das Mädchen und die Spinne) (2021) de Ramon & Silvan Zürcher

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J'avais laissé le soin à l'ami Gols de parler du premier film des frères Zürcher, il était donc normal que je chronique le second ; s'il s'agit de toute évidence d'un cinéma du détail, de la nuance, de l'ineffable, ce n'en est pas pour autant une œuvre chiante et molle ; au contraire, je me suis dès le départ laisser porter par le regard bleu azur de la belle Henriette Confurius comme pour ne rien manquer de ses attentions envers les autres, de ses désirs, de ses déceptions. Tout se joue ici en vingt-quatre heures : un appart dans lequel Henriette accompagne son ex-colloc, une petite fête et puis retour dans cet appart où l'Henriette, elle, est restée, le temps de débarrasser les ultimes affaire de sa colloc. Autant dire qu'il se passe moins de choses que dans Die Hard. Seulement voilà, autour de notre héroïne, une foule de personnes s'agite : en plus de cette ancienne colloc avec laquelle elle semblait entretenir des liens plus qu'étroit, il y a la mère d'icelle (qui entretient des rapports tendus avec sa fille et qui craque pour un déménageur entre deux âges), il y a d'autre collocs ou voisines, allumeuses, charmeuses, revêches, il y a ce jeune garçon qui participe au déménagement et qui échange avec Henriette des regards qui en disent long, il y a des enfants qui apportent un tourbillon de bruit, il y a une vieille, des chiens, un chat et puis même, dis donc, une araignée... Tout ce petit monde se tourne autour alors même qu'une page (de la vie des deux anciennes collocs) se tourne aussi et qu'une nouvelle page commence timidement à s'écrire... 

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Ce que les frères Zürcher réussissent ici sans doute le mieux, c'est le réglage constant de ce ballet, cette façon aussi bien de gérer quatre ou cinq personnages s'agitant à l'image sur plusieurs plans que celle (Gols a une érection) de jouer avec les hors-champs ; si la personne au centre de l'écran concentre notre attention, on n'en oublie pas pour autant la personne qu'elle regarde, ou à laquelle elle pense ou tout simplement la personne qui la regarde, plus ou moins secrètement, en captant éventuellement un dialogue auquel elle n'était pas forcément conviée. On se délecte de ces gens qui se frôlent, dont les regards échangés (entre Henriette ou la mère avec les déménageurs) en disent plus long qu'un discours, dont les petits sourires cachent souvent des désirs immarcescibles. Certains se trouvent, certains espèrent se retrouver, certains échouent à se trouver. Il y a donc ce petit jeu sentimental qui se déroule avec ces attractions et ces tensions mais il y a aussi la volonté d'évoquer des thématiques aussi diverses que les souvenirs (qui laissent des marques inoubliables), que le temps qui passe (abîmant au passage les relations), que les regrets (qui n'a pas eu droit à son lot de blessures, de déception ?). Henriette, au centre du dispositif, capte à la fois la plupart des regards, des femmes comme des hommes, sans vraiment pour autant vivre pleinement ses amours (cette colloc qui lui échappe, ce petit déménageur "infidèle" avant l'heure...)... C'est elle, aussi, qui incarne le mieux, de par ses gestes, de par son comportement, toutes ces petites fêlures de la vie : ce café qu'elle renverse, ce gobelet qu'elle perce, ce tournevis qu'elle plante, cet ongle qu'elle se rogne - ce n'est sans doute d'ailleurs pas pour rien qu'elle porte en elle ces petits stigmates du malheur (ce doigt écorché, l'herpès, la blessure au front...). Si les cinéastes soignent leurs plans en insert sur des objets, apportent un soin véritable à ces multiples détails que l'on retrouve d'un plan à l'autre, ils n'en oublient pas pour autant, ô joie, de soigner leur dialogue ; ces derniers, notamment, font la part belle aux petites paraboles (l'histoire de l'oiseau qui résume la tension entre la mère et la fille, l'histoire de l'araignée qui souligne les doutes d'Henriette, l'histoire du chat qui évoque le manque, l'absence, la solitude...) et aux petites anecdotes qui en disent long sur les pensées de tel ou tel personnage. Tout fait sens dans ce petit dispositif diablement malin et l'on se régale de voir traiter avec une telle finesse un tel ballet sentimental avec ses micro victoires et ses dommageables échecs. Bien belle toile.   (Shang - 11/11/21)

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Ce qui force surtout le respect dans ce film des frères Zürcher, c'est que tout ce qui passe d'ordinaire dans le verbal, tout ce qui aurait été explicatif chez n'importe quel cinéaste, passe ici par les seuls outils de la mise en scène. Il est rare de nos jours de voir les cinéastes se tourner avec autant de gourmandise vers les purs outils du cinéma pour exprimer leurs idées, le scénario étant depuis toujours le roi au dépends de la réalisation. Ici, c'est donc tout le contraire : c'est par le jeu subtil des regards, des hors-champs, des déplacements de caméra, du montage, que le film déploie son sens. Que celui-ci ne soit au final pas d'une profondeur extrême importe finalement peu : on a vu pendant deux heures un style se déployer, au sens strict du terme, et c'est bien satisfaisant. L'impression que j'en ai aujourd'hui (j'ai vu le film il y a trop longtemps pour en parler avec clarté) est surtout due au ballet très millimétré auquel se livrent tous ces personnages. Il y a quelque chose du Renoir de La Règle du Jeu dans cette façon de faire se croiser dans un seul mouvement énergique les êtres, et de montrer les relations entre eux par le mouvement justement. On termine de filmer un dialogue entre deux personnages et au second plan une autre scène commence, qui va elle-même déboucher sur une nouvelle séquence, avec une fluidité étonnante.

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Au milieu de cette agitation, Mara est clairement d'une autre planète, seul être immobile et inoccupé de l'équipe, qui adopte dès le départ une posture de spectatrice ; si bien qu'on se demande ce qui lui prend, d'autant que son visage est touché par un herpès qui a tout d'un mal psycho-somatique. Elle sera le témoin du film, finalement, à la fois extérieur et intérieur à lui, créant ainsi un personnage étrange, opaque, qui met un peu mal à l'aise avec ses sourires nébuleux. Tout ce qui se passe autour d'elle nous échappe un peu, les motivations des autres personnages sont floues, on peut s'énerver ou s'aimer indifféremment, l'agitation semble un peu vaine. Comme si le film se tenait à l'orée d'une sorte de rêve, ce qu'implique aussi la chanson de Desireless qui sert de fil conducteur (retour en force de "Voyage voyage" utilisé dans deux ou trois films l'an passé) : atmosphère ouatée et étrange, où les sentiments ne disent pas carrément leur nom, où les réactions peuvent être complètement inattendues... jusqu'à, oui, frôler une atmosphère un peu fantastique très agréable à éprouver. Un film envoutant et insaisissable, en tout cas.   (Gols - 13/01/22)

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